Mauritanie

ELEMENTS DE CONTEXTE

La Mauritanie, dont le nom officiel est République islamique de Mauritanie, est un pays saharien de l’Afrique de l’Ouest. C’est un pays relativement grand par sa superficie : plus d’un million de kilomètres carrés, mais relativement peu peuplé : 3.359.000 habitants en 2012, ce qui représente une densité de 3,2 habitants/km2, une des plus faibles au monde. Cette très faible densité s’explique par le fait que le Sahara couvre la majorité du pays, zone désertique dans laquelle la vie est particulièrement difficile. De par sa situation géographique, avec des frontières avec le Maroc et l’Algérie au nord, le Mali à l’ouest et le Sénégal au sud, la Mauritanie, dite aussi le « pays des Maures » dont elle tire son nom, est une terre de contact et sert de « pont » entre les pays du Maghreb au nord et l’Afrique noire au sud.

Le pays compte douze régions, chaque région étant administrée par un conseil, et un district, qui comprend la capitale et plus grande ville du pays, Nouakchott.

HISTOIRE

À partir du Ier millénaire de notre ère, des Berbères nomades venus du Nord, possesseurs de chevaux et de chameaux, s’installèrent dans cette région en voie de désertification. Ils assujettirent les agriculteurs noirs, qui devinrent leurs esclaves. Les Berbères furent à leur tour assujettis par les Arabes au XVIe siècle. C’est de cette époque que date la structuration en castes de la société mauritanienne : au sommet, on trouvait les Berbères — les lettrés et marabouts (ou commerçants) — et les Arabes (les guerriers); tout en bas se trouvaient les esclaves noirs (les Haratines) auxquels étaient dévolues les tâches agricoles.

En 1858, les Français pénétrèrent dans le pays et l’administrèrent à partir de Saint-Louis (ville située aujourd’hui au Sénégal mais qui à l’époque faisait partie de la Mauritanie). En 1920, la Mauritanie devint une colonie française et fut rattachée à l’Afrique occidentale française (AOF). Elle devint un territoire d’outre-mer en 1946. L’esclavage traditionnel fut officiellement aboli, mais demeura ancré dans les mentalités mauritaniennes.

En 1957, la ville de Nouakchott devient la capitale mauritanienne en lieu et place de Saint-Louis. Territoire français d’outre-mer depuis 1946, la Mauritanie devient une république islamique autonome, au sein de la Communauté française, en 1958. Malgré les protestations du Maroc, qui la considère comme partie intégrante de son territoire, elle proclame son indépendance en 1960. Les revendications marocaines ne prendront fin qu’avec la signature d’un traité en 1970. Entre 1961 et 1978, le président Moktar Ould Daddah et le Parti du peuple mauritanien, parti unique, dominent la vie politique de ce jeune pays dont une grande partie de la population vit dans la pauvreté. A cette époque également, c’est-à-dire entre 1976 et 1979, la Mauritanie est impliquée dans un autre conflit : l’occupation mauritanienne de la partie septentrionale du Sahara occidental heurte en effet les aspirations du Front Polisario, un mouvement nationaliste qui prône l’indépendance du Sahara occidental. Une entente conclue en 1979 met un terme au conflit et à la présence des Mauritaniens. En 1978, les militaires renversent le président et instaurent un Comité militaire de salut national. Des réformes démocratiques, dont la tenue d’élections multipartites en 1992, sont adoptées sous le règne du colonel Maaouya Ould Taya, au pouvoir depuis 1984. Ce dernier remporte la victoire à cette occasion, et de nouveau en 1997. En 1991, un référendum national permet à la population d’approuver l’adoption d’une Constitution démocratique qui sera ensuite signée par le chef de l’État.

Entre 2005 et 2007, le pays entra dans une phase de transition vers la démocratie, qui débuta par le renversement du gouvernement par le Conseil militaire pour la justice et la démocratie. Deux ans plus tard, conformément à ses engagements, la junte se mit en retrait pour laisser la place à un gouvernement civil élu démocratiquement. Depuis 2007, la Mauritanie effectue donc ses premiers pas en tant qu’état démocratique. Arrivé au pouvoir suite à un putsch en 2008, l’actuel président, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, a été élu en 2009 lors d’élections présidentielles. Il n’empêche que le régime actuellement en place en Mauritanie reste issu d’un coup d’État. On peut d’ailleurs remarquer que le pouvoir mauritanien reste fortement marqué par son origine militaire, et on parle d’«hyper présidence». De nouvelles élections présidentielles devraient avoir lieu en 2013.

Sources :

PROBLEMES ETHNIQUES

La Mauritanie constitue la lisière entre l’Afrique blanche et l’Afrique noire. On y rencontre donc des ethnies d’origine arabo-berbères et des ethnies noires d’origine négro-africaines. Parmi les arabo-berbères, ou Maures, on retrouve de nombreux groupes ethnolinguistiques de tribus et de clans, et l’on établit souvent une distinction entre les Maures blancs et les Maures noirs, bien qu’il soit en réalité difficile de les distinguer par la couleur de la peau. Les tribus et clans des Maures blancs, dont beaucoup ont la peau foncée après des siècles de mariages avec les Berbères et les groupes africains subsahariens, dominent dans la fonction publique et le monde des affaires. Les Maures noirs (également appelés Haratines ou esclaves libérés) restent plus faibles que les Maures blancs sur le plan politique et économique. Parmi les ethnies noires d’origine négro-africaines, se trouvent les Halpulaars (le groupe non Maure le plus important), les Wolofs et les Soninkés, qui sont principalement concentrés dans le sud et les zones urbaines.

Suite à une longue période de sécheresse durant les années soixante-dix, les populations nomades maures et sédentaires noires durent affluer vers les villes, ce fut le début des tensions ethniques. Le pays connut une suite de coups d’État à partir de 1980 dont certains ont eu pour effet de favoriser les Maures, et d’autres les Négro-Africains. En 1989, des revendications pour un meilleur équilibre en faveur du groupe négro-africain entraînèrent une forte tension avec le Sénégal : des dizaines de milliers d’éleveurs noirs furent expulsés vers le Sénégal, qui renvoya parallèlement dans leur pays 100 000 Mauritaniens vivant au Sénégal. Pendant ce temps, les communautés maures et négro-africaines s’affrontaient violemment et dégénérèrent en émeutes raciales. En 1990, à la suite d’incidents demeurés encore obscurs aujourd’hui, plusieurs centaines de cadres militaires négro-africains furent arrêtés, sinon torturés, et un grand nombre exécutés. Critiqué par la communauté internationale pour son non-respect des droits de l’homme, le gouvernement mauritanien fit promulguer une nouvelle Constitution en 1991 et instaura officiellement le multipartisme.

DEMOGRAPHIE

CONTEXTE SOCIO-ECONOMIQUE

L’HABITAT

URBANISATION ET REORGANISATION SOCIALE

En Mauritanie, la population urbaine représentait 41 % en 2010, et se concentre principalement dans la capitale, Nouakchott. Les cycles successifs de sécheresses entre 1977 et 1984 et l’attraction de la ville ont modifié l’organisation sociale, avec une réduction de la population nomade et une augmentation des sédentaires ruraux et des citadins. On estime qu’en 1960, la Mauritanie comptait 75% de nomades et 25% de sédentaires. Dès 1980, ce chiffre s’est complètement inversé, avec 25% de nomades et 75% de sédentaires, et en 2000 le pourcentage de nomades était estimé à 12% Source. Cet état de fait implique de profond changement dans les modes de vie mauritaniens.

Il faut noter que la croissance de la population est particulièrement forte. Effectivement, en 1962, la population urbaine représentait 6,4 % de la population totale, et Nouakchott représentait alors 0,6 % de la population. Aujourd’hui Nouakchott représente à elle seule entre 25 et 30 % de la population mauritanienne. Selon Moktar Aw, géographe cité sur le site de Magharebia Lire l’article sur le site, la population de Nouakchott augmente de 8 % par an, ce qui fait de cette ville une des villes dont la croissance a été la plus rapide au monde. Au cours des trente dernières années, sa population a été multipliée par 18 et est passée de 40 000 à près d’un million d’habitants.

La mauvaise répartition des hommes, des activités et des infrastructures reste la caractéristique principale du territoire national dont une bonne partie est occupée par un désert presque inhabité. Les parties du territoire où les densités sont plus importantes (vallée du fleuve Sénégal, Aftout) se caractérisent souvent par l’existence d’une multitude de petites agglomérations dispersées et parfois éloignées les unes des autres, ce qui rend difficile et plus coûteux leur couverture par les services sociaux de base.

HISTOIRE DES VILLES – PATRIMOINE

Nouakchott

Située au bord de l’océan Atlantique, Nouakchott est la capitale de la Mauritanie depuis 1957 (auparavant la capitale était Saint-Louis du Sénégal). Nouakchott a été créée sur une zone de campement. L’endroit en lui-même est donc connu depuis longtemps par les nomades, mais la ville à proprement parler a été construite par les colons français dans les années 1950. À l’origine, il s’agissait d’un ksar, c’est-à-dire un petit fort où quinze soldats français surveillaient la route commerciale qui reliait le Maroc au Sénégal. Le choix de faire de Nouakchott la capitale du pays est relativement stratégique, pour une question d’équilibre politique entre la population maure du Nord du pays et la population noire du Sud, ce qui excluait d’emblée les villes historiques de Rosso et Nouadhibou. Le site de Nouakchott est en zone de peuplement plutôt maure mais est relativement proche du fleuve Sénégal. D’autre part, ce choix peut s’expliquer par un climat plus doux qu’à l’intérieur des terres, sous l’influence de l’océan.

C’est en 1956 que l’on décide de créer à proprement parler la capitale. En 1959, l’architecte français André Leconte1 dresse le plan de la nouvelle capitale. Deux noyaux se dégagent : l’un autour du fort, qui deviendra le quartier européen de nos jours ; l’autre autour de la mosquée, donc un peu plus à l’écart à l’époque. Coupée en deux dans un premier temps, la ville se réunifie rapidement. Elle présente aujourd’hui l’aspect d’une ville moderne.

Le marché capital au centre de Nouakchott, photo En haut !

En 1960, la ville comptait 8000 habitants. Elle en compte aujourd’hui près d’un million. La densité de population y est beaucoup plus élevée que dans le restant du pays, puisqu’elle est de 800 habitants/km2. Cette forte élévation du nombre d’habitants est due entre autres aux gros épisodes de sécheresse que le pays a connus entre 1968 et 1973, qui ont causé la ruine de nombreux éleveurs (l’élevage est la première richesse du pays), les forçant à rejoindre la capitale pour trouver un emploi, et ont également forcé bon nombre de nomades à se sédentariser (entre 1962 et 1985, le nomadisme est passée de 75 % à 15 %) ; cette augmentation des habitants est à l’origine d’un des problèmes majeurs de Nouakchott, à savoir le manque de gestion de sa croissance.

Un des phénomènes marquant de Nouakchott est la prolifération de l’habitat informel (bidonvilles), phénomène courant dans les pays en voie de développement et les pays du monde arabo-musulman, mais que l’on observe particulièrement dans la capitale de la Mauritanie.

Selon l’article consacré à Nouakchott dans Wikipédia, différents types d’habitats sont présents à Nouakchott :

L'habitat de moyen standing, photo Wikipédia

Les autres grandes villes du pays

Les autres grandes villes de Mauritanie sont Nouadhibou, Kiffa (91.000 habitants), Rosso (81.000 habitants)et Kaédi (57.000 habitants).

Nouadhibou

Deuxième ville du pays, Nouadhibou présente aujourd’hui une population estimée à 100.000 personnes. Située au Nord-Ouest du pays, proche de la frontière avec le Maroc, elle est considérée comme la capitale économique de la Mauritanie. Port de pêche très dynamique, la ville doit aussi son développement au minerai de fer, qui est acheminé depuis la mine de Zouerate par un des plus longs trains du monde, le minéralier.

Une vue de Nouadhibou Dans une thèse consacrée à l’étalement urbain à Nouadhibou, l’auteur remarque qu’en ce qui concerne le foncier, l’accès aux parcelles est devenu très difficile dans cette ville. Cela a obligé beaucoup de familles pauvres à construire des logements dans les quartiers périphériques qui sont, en général, privés de services urbains. Beaucoup de familles démunies occupent également illégalement des terrains publics et ce en formant ce qu’on appelle en Mauritanie ‘les quartiers d’attente’ dont les habitants sont exposés à différentes nuisances environnementales (odeurs, accumulation d’ordures, poussières, pollutions, manque d’eau potable etc.).

Tout comme à Nouakchott, les sécheresses successives ont entraîné d’importants déplacements sociaux vers la ville de Nouadhibou, qui ont généré une subite naissance des quartiers spontanés habités par des milliers de familles dans des conditions hygiéniques assez difficiles. Cette situation a obligé l’Etat en 1986 à appliquer une politique de régularisation et ce en déménageant, à la hâte, la population desdits quartiers vers des parcelles non viabilisés dans la zone Nord de la ville. Mais le problème qui se pose c’est que le phénomène des quartiers spontanés est récurrent, et il existe actuellement 7 quartiers spontanés où vivent 10 000 personnes, soit 10% de la population de Nouadhibou.

Source : Mr Ahmed Salem El Arbi, thèse sur l’étalement urbain à Nouadhibou

HABITAT URBAIN

HABITAT RURAL

Aspects légaux

DROIT AU LOGEMENT – DROIT DE PROPRIETE

Dans un dossier constitué au processus d’habilitation des pauvres en Mauritanie et axé sur le droit de propriété, élaboré conjointement par le Centre mauritanien d’analyse des politiques (CMAP) et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), on trouve les informations suivantes :

La constitution mauritanienne de 1991 reconnaît déjà, dès son préambule, la garantie intangible du droit de propriété :

  • article 15 stipule que «le droit de propriété est garanti. Le droit d’héritage est garanti. Les biens Waghf et des fondations sont reconnus : leur destination est protégée par la loi. La loi peut limiter l’étendue de l’exercice de la propriété privée si les exigences du développement économique et social le nécessitent. Il ne peut être procédé à expropriation que lorsque l’utilité publique le commande et après une juste et préalable indemnisation. La loi fixe le régime juridique de l’expropriation ».

Ainsi sur le plan constitutionnel, le droit de propriété est clairement délimité et expressément protégé.

… DU DROIT A L’APPLICATION DU DROIT

Dans le très intéressant article de Wikipédia sur la ville Nouakchott Lire l’article, on trouve les informations suivantes.

“L’État est le principal acteur de la politique d’urbanisme en Mauritanie car c’est le seul possesseur de la terre. En effet, depuis la création de l’État Mauritanien, celui-ci a cherché à s’approprier la terre en dépossédant les tribus qui fondaient leur droit à la terre sur la coutume (pas de propriété telle qu’on l’entend chez nous). Ce processus d’appropriation de la terre par l’État s’est terminé en 1983. Pour devenir propriétaire en Mauritanie il faut obtenir une autorisation d’occuper le terrain par un hakem (fonctionnaire), ce permis est souvent considéré comme un droit de propriété en lui même par la population, alors que ce titre n’a aucune valeur définitive. Il est délivré contre le prix du terrain et les frais de bornage. À partir de ce moment, le bénéficiaire a deux ans pour construire (selon les règles d’urbanisme) avant de pouvoir réclamer le titre définitif de propriété. Ce circuit est complexe et très lent. Il y eut de nombreuses dérives : occupation illégale, spéculation foncière, délivrance de titre par d’ancien hakem congédiés… Cette réforme a suscité le phénomène des gazra en insinuant dans l’esprit de la population que l’occupation d’un terrain entraîne son appropriation légale ou au moins légitime. L’absence de plans cadastraux et d’archives dignes de ce nom du fait que la notion de propriété ne soit pas ancienne à cause de la tradition nomade. À partir de ce moment, l’informalisation du marché immobilier et foncier n’a pas connu de réelles limites et s’est poursuivie avec toutes les dérives d’urbanisme, les tensions et les spéculations qui s’ensuivent.”

EXPULSIONS FORCEES

Pour lutter contre la prolifération des bidonvilles, le gouvernement mauritanien a mis en place début des années 80 une politique de déguerpissements. Mais face à la généralisation des kébbés, les politiques ont préféré préserver la paix sociale et envisager des solutions plus consensuelles. Mais cela a laissé des traces au niveau des craintes de la population.

“La restructuration des quartiers précaires de Nouakchott est conçue comme un programme de lutte contre la pauvreté et, à ce titre, a pour objectif d’aider les populations démunies des quartiers précaires à acquérir un droit sur leur parcelle ; d’améliorer l’accès aux infrastructures et services urbains de base ; de développer les infrastructures qui supportent l’activité économique, par la création de nouveaux emplois”, indique Moktar Aw, géographe, sur le site de Magharebia Voir le site.

CRIDEM fait état de cas récents de déguerpissements dans la ville de Zouerate, au nord du pays. Cette ville connaît ces dernières années de graves de problèmes de logement accentués par l’accroissement sans précédent de la population, et les prix des loyers ont été multipliés par 10. Début mars 2013, plus d’une centaine de familles ont été menacés de déguerpissement, en vue de permettre la construction de 600 logements dont 300 pour la Snim et 300 pour les fonctionnaires de l’Etat. Les propriétaires des terrains se sont massivement insurgés contre cette situation, et des affrontements ont eu lieu. Les habitants affirment détenir des titres fonciers signés par les autorités locales, et refusent donc de quitter les lieux. A la mi-mars 2013, les démolitions ont commencé. Le même jour, les propriétaires ont pu obtenir un engagement de l’Etat pour une future compensation proportionnelle à leurs pertes.Voir l’article sur le site du Cridem.

… VERS LA VIABILISATION DES QUARTIERS PRECAIRES

Vu le nombre de quartiers précaires constituant la ville de Nouakchott, le gouvernement a élaboré un ambitieux programme de développement urbain : le Programme de Développement Urbain (PDU). Doté d’un financement d’environ 100 millions de dollars, le programme est étalé sur dix ans (2001-2010). Il est axé, entre autres, sur l’amélioration des conditions de vie dans les quartiers précaires, où résident les plus grandes poches de pauvreté urbaine, et à l’intégration de ces quartiers dans le tissu urbain. A l’heure actuelle, ce programme accuse un important retard, et les opérations de viabilisation des quartiers précaires de Nouakchott sont loin d’être terminées.

DROIT FONCIER

Le code foncier (ordonnance 83-127 du 5 juin 1983), quant à lui, précise :

  • Article 1 «la terre appartient à la nation et tout Mauritanien, sans discrimination d’aucune sorte, peut, en se conformant à la loi, en devenir propriétaire, pour partie »
  • article 2 «l’Etat reconnaît et garantit la propriété foncière privée qui doit, conformément à la Chariâa, contribuer au développement économique et social du pays ».

Ce code met également fin à la propriété traditionnelle de la tribu en précisant que «tout droit de propriété qui ne se rattache pas directement à une personne physique ou morale et qui ne résulte pas d’une mise en valeur juridiquement protégée est inexistante». Ce système de la tenure traditionnelle du sol ainsi aboli se présentait, en effet, comme un obstacle à la mise en œuvre de ce droit.

  • Article 6 du code foncier reconnaît toutefois que “les droits collectifs légitimement acquis sous le régime antérieur, préalablement cantonnés aux terres de culture, bénéficient à tous ceux qui ont, soit participé à la mise en valeur initiale, soit contribué à la pérennité de l’exploitation.”

Lire le dossier

… UN ACCES DE PLUS EN PLUS DIFFICILE A LA TERRE

Dans sa thèse sur l’étalement urbain, Lien vers la thèse, Al Arbi Ahmed Salem explique que “la gestion foncière en Mauritanie est très compliquée, surtout dans les villages suite aux effets d’anciens régimes fonciers traditionnels qui existaient avant la réforme foncière initiée en 1983, qui a aboli le système de tenure traditionnelle du sol (chaque communauté avait son propre régime foncier). Par exemple, les nouveaux arrivants dans un village au sud habitaient à la périphérie et ne pouvaient obtenir de titres fonciers, ils louaient des parcelles en contrepartie d’une redevance.

Cette réforme foncière stipule que les terres mortes sont la propriété de l’Etat (avant les terres mortes étaient la propriété des groupes sociaux ce qui a généré des inégalités incroyables dont les effets sont remarquables jusqu’à présent dans les villes et villages, notamment l’appauvrissement des couches les plus démunies qui limite leur accès aux terrains dans les villes et par conséquent aux services urbains de base).

Suivant les nouvelles reformes foncières, les autorités locales ont le pouvoir d’attribuer des terrains au niveau des villes. Malgré cela, la possession d’un terrain via les procédures administratives reste toujours un problème épineux surtout pour les familles pauvres et cela demande souvent le recours à des relations sociales et familiales pour y parvenir.

Le fait que la mairie ne soit pas impliquée davantage dans le processus d’attribution de terrains complique sa tâche et perturbe le bon fonctionnement des villes mauritaniennes. Cependant, nous n’avons pas pu trouver des traces prouvant que la commission foncière, qui, selon les procédures foncières, doit valider les attributions de parcelles au niveau de chaque Wilaya, fonctionne régulièrement.”

ACCAPAREMENT DES TERRES

PRATIQUES INTERESSANTES

En 2010, le gouvernement a résilié tous les contrats de logements des fonctionnaires, dans le but d’alléger les charges locatives de l’Etat. Cette mesure a fait suite à plusieurs interpellations du gouvernement de la part de centrales syndicales à propos de l’urgence de la prise en compte des questions du logement. Selon les agences immobilières, cette mesure devait contribuer à baisser le prix du logement qui avait, ces dernières années, connu une montée considérable.Lire l’info sur le site de AFRAN

Aspects sociaux et économiques

MARCHE DU LOGEMENT

Selon un rapport sur le logement en Mauritanie publié sur le site du Haut commissariat aux Droits de l’homme Lire le rapport sur le site, plus des trois quarts des ménages sont «propriétaires» du logement qu’ils occupent. Le milieu urbain se distingue par une proportion de ménages locataires bien plus forte et une importante mobilité de ces derniers.

La question du logement occupe une place essentielle dans la problématique de la lutte contre la pauvreté en milieu urbain. Suivant l’enquêté sur le logement de 1998, plus d’un quart de la population de Nouakchott vit dans un habitat précaire (logement en tente, baraque ou case). Cette proportion atteint 35% à Kiffa et 44% à Aioun. Dans certains quartiers, seulement 18% des habitations disposent de l’électricité et prés de 80% utilisent le bois et le charbon de bois comme combustible. Les conditions d’hygiène y sont très mauvaises : un tiers des ménages n’a pas un accès direct à l’eau potable, moins du tiers dispose d’installations sanitaires adéquates (égout, fosse septique ou latrines).

QUALITE DES LOGEMENTS

HABITAT INFORMEL / BIDONVILLE / SANS-ABRI

Dans la ville de Nouakchott,on retrouve d’une part un habitat de moyen standing, de style plutôt classique pour un pays musulman, comparable à l’habitat de la médina. Il s’agit d’un habitat relativement évolutif, qui peut connaître des agrandissements successifs en fonction de modifications de la famille et de ses revenus. Il est souvent configuré sur une base carrée ou rectangulaire, au centre de laquelle se retrouve parfois une cour carrée.

D’autre part, il y a les “kébbés”, c’est-à-dire les zones d’habitat informel ou d’ancien habitat informel, qui sont les zones produites par l’explosion urbaine de Nouakchott et la périurbanisation (extension des espaces périurbains). Les Kébbés sont l’appellation mauritanienne des bidonvilles. Le terme viendrait du mot hassanya (langue arabo-berbère) qui signifie « ordure », en référence aux premières expulsions, lorsque des quartiers entiers ont été évacués de la ville dans des camions, comme des ordures. Les kébbés de Nouakchott ont des particularités spécifiques. Les bidonvilles, quel que soit l’endroit dans le monde, sont des zones d’habitat spontané, c’est-à-dire non prévu par les plans d’urbanisme et non légal. Ces quartiers constituent souvent une zone de transition entre la ville au sens propre et l’espace rural d’où proviennent les populations de ces quartiers. C’est particulièrement vrai pour les kébbés, qui en plus de cela conservent certaines traces du nomadisme. En effet, les kébbés sont l’agglomération de plusieurs espaces fonctionnels contigus délimités ou non par un enclos. Les abris se résument souvent à une baraque (en matériel de récupération) ou à une tente (persistance d’une culture nomade), et les constructions en dur sont rares. Baraques et tentes forment un enchevêtrement dense et inorganisé ; c’est un quartier sans plan où l’on passe où on veut entre les tentes et baraques. La périphérie de Nouakchott

Enfin, on identifie à Nouakchott des zones dites d’habitat évolutif, qu’on appelle aussi Gazra. Il s’agit de l’habitat basé sur l’évolution de certains kébbés légalisés par les autorités. Ces anciens kébbés ressemblent à de véritables quartiers par un processus de consolidation et de construction, les maisons qui les composent bénéficient par la suite d’un meilleur accès à l’eau, aux transports, à l’éducation et à la santé.

Quelques chiffres

Les estimations les plus récentes (basées sur des chiffres de la fin des années 80, début 90) concernant l’habitat informel à Nouakchott font état de 37 à 42 % (I. Sachs) de la population vivant dans des quartiers illégaux de type kébbés, et d’environ un autre tiers de la population qui vivrait dans des quartiers certes légaux mais dénués d’équipement. Mais la proportion d’habitants vivants dans les kébbés a été par moment, proportionnellement plus importante (principalement durant les années suivant les sécheresses de 68-73).

ROLE DES POUVOIRS PUBLICS

– LOGEMENT SOCIAL

Un dossier réalisé conjointement par le Centre mauritanien d’analyse des politiques (CMAP) et le Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) intitulé Processus national d’habilitation des pauvres en Mauritanie présente les acteurs suivants dans le cadre du logement social.

Logements construits par la SOCOGIM entre la villet et la plage, à NouakchottLa Société de Construction et de Gestion Immobilière (SOCOGIM) est en charge de la promotion de l’habitat social en Mauritanie. Cependant, la SOCOGIM se heurte au manque de ressources de financement. Elle a lancé, soit sur fonds propres soit en partenariat avec les banques locales, plusieurs chantiers tels que la construction de 1000 logements de moyen standing à Nouakchott et l’assainissement de 1118 parcelles à Rosso. La réalisation d’un programme de 3000 logements économiques améliorés est aussi à l’étude. Toutefois, la construction des logements et la vente des parcelles ne ciblent pas de manière méthodique les couches les plus vulnérables.

L’ONG ATOIT a développé un projet de construction de 380 logements sociaux. Ce projet est destiné aux femmes issues d’un milieu à revenu modeste. L’Etat mauritanien a contribué à ce projet par la cession définitive de terrains à Nouakchott au profit de l’Association des Épargnantes.

Le Projet TWIZE est un programme d’habitat social développé depuis l’année 2000 par le Commissariat aux Droits de l’Homme, à la Lutte Contre la Pauvreté et à l’Insertion. Ce programme ambitieux est destiné à substituer aux habitations sauvages des logements salubres et répondant aux critères d’une urbanité minimale, à un coût moindre et au bénéfice des plus pauvres. Ce volet inédit en Mauritanie de la mise en œuvre du droit au logement, étoffé par des activités génératrices de revenus destinées à l’accompagner, a déjà construit plus de 1600 logements dans des quar tiers précaires, comme ceux de Dar El Barka à Nouakchott. Le succès de l’expérience du programme Twize semble être une nouvelle opportunité pour le développement de l’habitat en Mauritanie.

– PLAN NATIONAL DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

Le Gouvernement de la République Islamique de Mauritanie a entrepris, avec l’appui de ses partenaires au développement, un vaste programme de réformes macro-économiques et structurelles destinées à réduire la pauvreté. Dans ce cadre, le Gouvernement a élaboré une Stratégie Nationale de Lutte contre la Pauvreté pour 2001 – 2015, intégrant un ensemble d’axes complémentaires :

  • l’accélération de la croissance et le maintien de la stabilité macro-économique L’ancrage de la croissance dans la sphère économique des pauvres ;
  • le développement des ressources humaines et l’expansion des services de base ;
  • l’amélioration de la gouvernance et le renforcement des capacités.

– CAMPAGNES CONTRE L’HABITAT PRECAIRE

Le principal problème en Mauritanie concerne la résorption des bidonvilles. A ce sujet, on trouve sur le site de Afriques en lutte (http://www.afriquesenlutte.org/afrique-de-l-ouest/) un article sur une récente campagne du gouvernement en vue de la résorption des bidonvilles de Nouakchott : celle-ci a démarré avec une opération de recensement qui a eu pour effet un exode massif des populations des régions de l’intérieur en direction de la capitale. Ce recensement n’est pas été mené de façon optimale, et on a de plus constaté que de nombreuses familles ont été oubliées. Le gouvernement porte donc la responsabilité d’un nouvel exode massif vers Nouakchott, renforçant encore le poids des bidonvilles dans la capitale.

– LUTTE CONTRE LA SPECULATION FONCIERE

Pour lutter contre l’habitat précaire à Nouakchott, le gouvernement a mis en place une vague de régularisation quartier par quartier des parcelles occupées illégalement. Cela a créé un enjeu autour du foncier et de la notion de propriété (qui était au départ relativement étrangère aux populations rurales), et a ouvert la porte à de nombreuses spéculations, qui ont plutôt profité aux plus aisés. En effet, même lorsque l’état distribue quelques milliers de parcelles à des populations défavorisées, celle-ci, n’ayant pas les moyens de construire revendent ces parcelles à des gens plus aisés qui spéculent ensuite dessus, afin de se réinstaller plus loin pour éventuellement construire en plus dur. Cela créé évidemment une spéculation foncière qui profite aux plus riches. Sur Wikipédia, article sur Nouakchott

Aspects culturel – religieux – symbolique

En mars 2013 a lieu la 3ème édition du Festival des Villes anciennes. L’objectif de la manifestation est de redorer le blason des villes historiques mauritaniennes qui ont joué un rôle éminent dans le rayonnement de la culture arabo-islamique et dans les échanges trans-sahariens. Les quatre cités anciennes de la Mauritanie sont classées Patrimoine historique de l’humanité, à savoir : Chinguetti, Ouadane, Tichitt et Oualata.

Aspects écologiques

La capitale, Nouakchott, est confrontée à plusieurs enjeux écologiques majeurs : le risque d’ensablement ; la menace liée à l’Océan Atlantique (une partie de la ville est située en dessous du niveau de la mer ; les dunes, déjà fragiles, ont servi de supports à des constructions pauvres, ce qui a augmenté leur fragilité) ; l’absence totale d’eau douce, qui doit être importée d’une source distante d’une soixantaine de kilomètres.

Dans les kébbés, les problèmes majeurs auxquels les familles sont confrontées sont celui du manque d’eau et de l’accumulation d’ordures.

En ce qui concerne l’accès à l’eau, il faut noter que les habitants des Kébbés n’ont pas le droit de s’abonner aux différents réseaux urbains (réseau d’eau potable et de l’électricité).

Bibliographie & Sitographie

PROBLEMES MAJEURS SELON LA SOCIETE CIVILE :

REVENDICATIONS MAJEURES DE LA SOCIETE CIVILE :

QUELQUES ACTEURS DE LA SOCIETE CIVILE :

  • GRET MAURITANIE = association sans but lucratif qui travaille en réseau international et regroupe les professionnels du développement solidaire. En Mauritanie, ils mènent entre autres des projets sur la restructuration des quartiers précaires – la gestion des déchets la micro-finance – l’accès à l’emploi – l’assainissement de l’eau. Représentation en Mauritanie : Site InternetLes contacter.
  • OCVIDH = Organisation contre les violences des droits humains. OCVIDH représente l’engagement de tous les jours pour le combat contre le racisme, l’esclavage, l’oppression et les discriminations en Mauritanie et au-delà. Site internet
  • MAGHAREBIA = Le portail Magharebia n’est pas un mouvement social, puisqu’il s’agit d’un portail sponsorisé par le United States Africa Command, le commandement militaire responsable du soutien et du renforcement des efforts américains pour promouvoir la stabilité, la coopération et la prospérité dans cette région du globe. Ce site représente cependant une source d’informations et de nouvelles sur le Maghreb en trois langues : arabe, français et anglais. L’objectif de Magharebia est de fournir des informations précises, mesurées et tournées vers l’avenir sur l’évolution du Maghreb. On y trouve un onglet spécifique “logement”.Site Internet
  • AFRIQUES EN LUTTE = Afriques en lutte est un collectif d’individus ouvert à toutes et tous qui se veut un outil de lutte et d’information contre le capitalisme et l’impérialisme en Afrique.Site Internet
  • FORUM SOCIAL MAURITANIEN = En février 2008, s’est tenue la première édition du Forum Social Mauritanien à Nouakchott, sous la présidence de Mme Sultana Mint Mohamed Yayha, militante active et engagée dans ce mouvement altermondialiste. Cette organisation a permis la rencontre d’organisations de la société civile mauritanienne et africaine.Les contacter
  • ADECOM = ONG créée en 2001, qui mène des activités de développement pour le bien-être des collectivités en Mauritanie. Elle intègre, entre autres, la formation, la dimension genre et le développement durable en mettant l’accent sur une approche participative.Les contacter
  • FONADH = Le Forum des Organisations Nationales de Droits Humains (FONADH) est une organisation non gouvernementale à structure faîtière qui œuvre depuis 2000 en faveur des droits humains en Mauritanie. Composé de 17 associations humanitaires nationales, le FONADH a pour mission de promulguer les droits de l’Homme en Mauritanie et de lutter en faveur de ces derniers. Les contacter
  • ALAKHBAR = L’Agence Indépendante d’Information Alakhbar a vu le jour en octobre 2003, suite à une initiative prise par un groupe de cadres mauritaniens, résidant en Mauritanie et à l’étranger, dans une perspective de briser le monopole médiatique vécu dans le pays à l’époque Site internet
  • SOS ESCLAVES = ONG de promotion des droits humains et de protection de leurs défenseurs en Mauritanie. Elle a été constituée en 1995 par des descendants d’esclaves et de maîtres, unis par une identique résolution à éradiquer la servitude traditionnelle dans l’espace mauritanien. Site internet
  • FORUM POUR LA PROMOTION DES DROITS HUMAINS, CITOYENNETE ET DEVELOPPEMENT = Ce forum est représenté par Mme Siyde Mint Yenje.
  • GERDDES = Le GERDDES AFRIQUE (Groupe d’Études et de Recherches sur la Démocratie et le Développement Economique et Social) est une OING panafricaine non partisane créée EN 1990 par des cadres et intellectuels africains d’horizons divers. Son objectif est de faire la promotion et le monitoring de la démocratie pour accélérer le développement économique et social du continent. L’ONG est présente en Mauritanie, représentée par Me Diabira MAROUFA.Les contacterSite Internet

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